Les Modernes y ont ajouté la Liberté
Nous sommes responsables des deux...
lundi 15 décembre 2008
Tout ce qu'il faut ... Mais pas plus qu'il ne faut !
De quoi s'agit-il ?
Bernard L. Madoff, ex-président du Nasdaq (rien que ça), vient d'être démasqué pour avoir monté une arnaque sans précédent dans le monde de la finance. Il proposait aux investisseurs des placements "sécurisés" à haut taux de rémunération (de l'ordre de 10%), et se servait en fait des nouveaux investissements (ceux de ses nouveaux clients ou leurs nouveaux versements) pour servir les intérêts aux autres, sans procéder à aucun placement des fonds qu'il recevait. Ce qui lui laissait évidemment un solde positif respectable, tant que les investisseurs toutefois ne demandaient pas de se faire rembourser leurs mises. C'est un système d'escroquerie vieux comme le monde, mais il n'y a pas d'exemple qu'il ait été mis en oeuvre avec une telle ampleur, et surtout à ce niveau de notoriété de l'escroc...
Et ça dure, nous dit-on, depuis 20 ans... Et les "clients" de cet "investisseur" hors normes ne sont pas que de simples gogos-de-base comme on pourrait s'y attendre, mais des "grands" de la finance internationale ! Ainsi, on apprend tous les jours que telle ou telle grande banque, la BNP ou la Société Générale en France, Natixis, Unicredit, et la liste est longue, sont parmi les grosses (très grosses) victimes de cette escroquerie, d'un montant total estimé à 50 milliards de dollars, soit 37,3 milliards d'euros...
Derrière le fait divers se posent les questions de fond du "comment" et du "pourquoi".
Comment ?
Comment est-il possible qu'une telle arnaque ait pu être montée en toute tranquillité nonobstant la notoriété de Bernard Madoff dans le monde de la finance internationale ? Comment se fait-il que les autorités de régulation des marchés, sensées vérifier le bon fonctionnement et surtout la régularité des transactions, aient laissé faire sans rien voir durant tant d'années ? A priori incompréhensible...
Pourquoi ?
Pourquoi des banques réputées aussi sérieuses que celles que j'ai citées, et bien d'autres dont on ne connaît pas encore les noms, sont-elles aussi facilement tombées dans le piège ? Pourquoi ni les procédures de contrôle interne de ces entreprises, ni les autorités ministérielles auxquelles elles sont soumises, ni les autorités de contrôle des opérations de bourse, ne se sont aperçu de rien durant tant d'années ? A priori incompréhensible également...
Alors, il faut bien se rendre à l'évidence, et l'explication est finalement toute simple : la seule qui permet de comprendre.
Le système financier international fonctionne de manière libérale, et c'est très bien comme ça. Il serait absolument inadmissible, totalement sclérosant et parfaitement contre-productif que les politiques puissent intervenir dans le fonctionnement même des institutions financières, que ce soient les banques, les sociétés d'investissement, ou les bourses de valeurs. Le système capitaliste, qui par ailleurs est le seul qui permette le fonctionnement optimal de la production des richesses et de leur répartition, ne se conçoit que libéral. Toute intervention des pouvoirs publics est de nature à fausser son fonctionnement, à y introduire des distorsions et des blocages, et à conduire à des désastres.
Mais la liberté, ou le libéralisme qui n'est que sa traduction en tant que système, ne signifie pas l'anarchie. Et il est crucial que le fonctionnement des marchés réponde à des règles, faute de quoi il ne peut que déraper. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises et je pense que c'est maintenant une évidence pour tout le monde.
Ces règles existent, et existent également les organismes sensés contrôler leur application. Encore faut-il, pour que tout ça fonctionne correctement, que deux conditions soient réunies : la pertinence des règles et l'efficacité des systèmes de contrôle.
Depuis la fin des "trente glorieuses", c'est à dire en gros 1975, mais surtout depuis les années 1980, et au nom du libéralisme renaissant, qui était en soi une très bonne chose, les règles ont été modifiées et le fonctionnement des mécanismes de contrôle assoupli. Et ce fut, je pense, une profonde erreur que nous payons aujourd'hui.
L'affaire Madoff est directement liée à ce laisser-aller, qui est par ailleurs à l'origine également de la crise financière monstrueuse que nous venons de vivre, et qui n'est pas terminée loin s'en faut.
Alors, quand j'entends parler de "refondation du système financier", du "retour de la régulation", je ne peux qu'applaudir. En espérant que les dirigeants soient capables de se mettre d'accord pour faire ce qu'ils préconisent en matière de contrôle et par là de remplir leurs obligations de maintien de la sécurité, mais en espérant aussi qu'ils ne sombrent pas à l'inverse dans le dirigisme viscéral dont ils sont pour la plupart atteints. C'est bien ce dernier comportement que j'appréhende le plus de leur part aujourd'hui...
Car quand j'entends parler de "retour de l'Etat" dans l'économie et la finance, quand les keynésiens et les collectivistes de tous poils en profitent pour fustiger l'esprit libéral, voire le capitalisme, et déclarent comme j'ai entendu Martine Aubry le faire il n'y a pas si longtemps, "qu'un boulevard s'ouvrait pour les idées de gauche et pour le socialisme", il en va tout autrement...
Il ne faut pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", et ce qui est en cause n'est pas le capitalisme ni même l'esprit libéral, mais seulement les pratiques laxistes qui ont consisté, dans le domaine économique et financier mais pas seulement, à laisser faire n'importe quoi. Et ceux qui se gaussent de soi-disant voir leurs idées triompher en creux, par l'absurde, feraient bien mieux de se souvenir des premières années du mitterrandisme, qui ont conduit leurs idées à plonger le pays dans une crise dont il n'est jamais vraiment sorti, puisque la dette publique abyssale qui est la nôtre est en grande partie due à cet épisode peu glorieux. Comme quoi trop d'interventionnisme étatique conduit à des absurdités au moins aussi graves que le laxisme.
Et quand j'entends ce matin sur Europe 1, Jean Pierre Jouyet, qui a pris aujourd'hui ses fonctions de tout nouveau président de l'Autorité des Marchés Financiers, dire qu'il souhaite "faire en sorte qu'il n'y ait plus d'institutions non régulées", je ne sais pas si on est en droit de s'en réjouir, c'est à dire de lui faire confiance pour faire ce qu'il faut, tout ce qu'il faut, mais rien que ce qu'il faut et pas plus qu'il ne faut...
Il reste à espérer que nos dirigeants, dont Jouyet, ancien ministre, soient capables de s'en persuader, et soient capables également du courage politique qui leur manque tant habituellement. Qui vivra verra...
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vendredi 12 décembre 2008
Relançons la République des Blogs à Lille

La République des Blogs rencontre un grand succès, notamment à Paris. A Lille, la tentative de 2007 a avorté, à mon avis essentiellement par manque de ténacité.
Avec trois amis du Nord Pas de Calais, nous avons décidé de tenter de relancer l'idée :
- Le LHC Aymeric Pontier- Le Chafouin- Manue Colombani
J'ai contacté par courriel une vingtaine de blogueurs de la région pour les en informer, et j'ai déjà reçu 9 réponses favorables. C'est un bon début. Rome ne s'est pas construite en un jour...
Amis Nordistes, éditeurs de blogs à connotation politique ou simplement lecteurs / commentateurs, si l'idée vous séduit de vous retrouver une fois par mois dans une ambiance conviviale, pour discuter entre nous de l'actualité ou tout simplement pour échanger, diffusez l'information autour de vous.
Les réunions auront lieu le dernier mercredi de chaque mois. La prochaine est donc fixée au 28 janvier 2009. Nous sommes encore en train d'en rechercher le lieu précis, que je communiquerai très bientôt ici, ainsi que par courriel à ceux d'entre vous qui nous auront contactés.
Nous espérons que vous viendrez nombreux, et que ces rendez-vous entraîneront discussions fructueuses et échanges intéressants.
Qu'est-ce que la République des Blogs ?
C'est le rendez-vous mensuel, à Lille pour ce qui nous concerne, des blogueurs qui parlent politique et de leurs lecteurs, pour se rencontrer dans une ambiance sympathique, discuter et échanger, en prenant un verre.
Quand et où cela se passe-t-il ?
Le dernier mercredi de chaque mois, dans un café lillois qui offre suffisamment de places "debout" et qui accepte de nous recevoir.
Qui peut participer ?
C'est très simple : tout le monde ! En tous cas, tous ceux qui sont intéressés par le sujet : les éditeurs de blogs, leurs commentateurs, et même leurs simples lecteurs. Il suffit de respecter les règles de la courtoisie, du respect d'autrui et de la bienséance.
Que faire pour promouvoir la RdB lilloise ?
En parler largement autour de vous, sur vos blogs, dans vos commentaires, sur les forums, etc... Mais attention au "spam" et au "troll" : nous sommes fermement opposés à ces pratiques de "pollution" de la "toile"...
Qui contacter ?
N'hésitez pas à me joindre par courriel ou en commentaire sur ce billet, que ce soit pour poser des questions ou pour faire part de votre participation.
Et rendez au 28 janvier 2009 !
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jeudi 11 décembre 2008
Une petite histoire de bénéfices
Je suis un salarié de l'industrie métallurgique. J'ai une certaine qualification professionnelle et une ancienneté qui font, à elles-deux, que je gagne honorablement ma vie. Mon salaire équivaut à peu de chose près à 2,5 fois le Smic. J'habite à 5 mn à pieds de mon lieu de travail, et je n'ai donc pas besoin de voiture pour m'y rendre.
Mon épouse travaille dans l'automobile, à quelques 40 kilomètres de notre domicile. Elle a un emploi tertiaire qui lui procure un salaire d'environ 1,5 Smic.
A nous deux, nous gagnons donc environ 4 Smics. Nous avons ainsi pu faire construire notre pavillon, évidemment à l'aide d'un emprunt bancaire. Bien que ce pavillon soit situé à proximité de mon lieu de travail, j'ai quand même pris la décision lorsque nous avons déménagé, d'acheter un deuxième véhicule. Cependant, je maintiens qu'il s'est agi d'une décision de bon sens économique.
En effet, nous avons deux enfants et notre véhicule était donc une routière de milieu de gamme capable de nous transporter confortablement tous les quatre, mais qui consomme plus que la moyenne. J'ai donc considéré qu'il était préférable que mon épouse ne l'utilise pas quotidiennement pour se rendre à son travail, et j'ai préféré acheter une petite cylindrée plus économique pour cet usage.
Nous ne roulons pas sur l'or, mais avant la crise nous avions néanmoins un train de vie honorable et assez confortable, ce qui rend jaloux quelques uns de mes amis, et, je le sais, pas mal de mes voisins. Il est cependant à noter que notre niveau de revenus n'est dû ni au hasard ni à des pratiques malhonnêtes : nous avons, mon épouse et moi, poursuivi des études qui nous ont permis d'occuper des emplois qualifiés et assez bien rémunérés, et nous avons su gérer notre budget et limiter nos dépenses. Nous avons donc réussi à constituer un petit patrimoine (notre pavillon), et nous avons en fin d'année, impôts (largement) payés, un revenu résiduel que nous plaçons dans un plan d'investissement (un de mes amis appelle ça du "bénéfice" !..)
Je suis assez heureux, du reste, que cette situation me permette de donner du travail à d'autres personnes : que ce soit un jardinier (à temps partiel évidemment), une femme de ménage (à temps partiel elle aussi), un voisin bricoleur à qui je confie quelques menus travaux d'entretien et que je rémunère en CESU. Tout ce petit monde, sans oublier mon garagiste qui a l'entretien mes deux véhicules, est bien content de profiter indirectement de notre activité, à ma femme et à moi.
Seulement, tout ce que je viens de détailler n'était vrai que jusqu'à maintenant. En effet, la crise est passée par là. Mon épouse a perdu son travail et je fais l'objet, évidemment avec beaucoup d'autres, d'une mesure de chômage partiel qui est prévue pour durer plusieurs mois. Et rien ne dit que je ne perdrai pas moi aussi mon emploi dans une laps de temps plus ou moins long...
Ca n'empêchera pas, bien entendu, les échéances du prêt bancaire, ni tous les autres frais courants, de continuer à courir : nourriture, eau, gaz, électricité, taxe foncière, taxe d'habitation, etc, etc...
Alors, j'ai pris les seules décisions qui s'imposent dans ces conditions dès lors qu'on sait gérer son budget : je vais vendre le deuxième véhicule, ce qui ne plaira pas à mon garagiste, je vais faire mon jardin moi-même, ce qui ne plaira pas à mon jardinier, ma femme fera elle-même l'entretien domestique de la maison, ce qui ne plaira pas à la femme de ménage, et en prime nous restreindrons évidemment nos dépenses d'habillement ainsi que nos sorties, ce qui ne plaira pas aux commerçants concernés.
Et pourtant, pour employer les termes qu'utilise l'ami dont je parlais tout à l'heure, nous avons "fait des bénéfices"...
Je vais maintenant vous raconter une autre histoire, tout aussi crédible mais tout à fait vraie celle-là.
Il était une fois un concessionnaire automobile situé à 40 km de chez moi, très prospère, qui faisait de gros bénéfices, et qui avait un secrétariat important, en rapport avec son volume d'affaires.
Il était une fois également une usine sidérurgique située à 5 mn à pieds de chez moi, qui faisait un énorme chiffre d'affaires notamment avec l'industrie automobile, qui réalisait elle aussi de très gros bénéfices, et dans le bureau d'études de laquelle j'étais employé.
Mais, pour ces deux entreprises aussi, la crise est passée par là... Le concessionnaire automobile a vu ses ventes chuter dramatiquement. L'usine sidérurgique, notamment à cause de la mévente dans l'automobile mais pas seulement, a vu également son chiffre d'affaires s'effondrer. Les deux ont été obligés de réduire leurs dépenses de frais généraux, et bien évidemment leurs effectifs. C'est ainsi que ma femme a perdu son emploi, que mon employeur a licencié également, et que je suis moi-même en chômage partiel.
Et pourtant, tous deux faisaient jusque là de gros bénéfices...
Et voilà enfin où je voulais en venir.
On entend à longueur de temps les hommes politiques (de gauche essentiellement) et les syndicalistes s'indigner du fait que les entreprises qui font des bénéfices licencient quand même en raison de la chute de leur activité. Il en est même qui prêchent l'interdiction des licenciements. Je suis pourtant intimement persuadé que ceux-là mêmes qui hurlent avec ces loups-là, approuvent à 100 % le comportement du couple dont je brossais le tableau dans la première partie de ce billet...
Il n'y a cependant aucune justification logique à une différence de jugement entre l'une et l'autre de ces attitudes. De quel droit peut-on demander à un industriel de continuer à payer du personnel dont il n'a plus l'utilité, même s'il a engrangé des résultats positifs jusque là ? De quel droit peut-on exiger de lui qu'il agisse autrement que le feraient ceux-là mêmes qui lui reprochent ? Quel différence objective y a-t-il entre un salarié qui vit de l'activité de son entreprise et son patron qui vit lui aussi de cette même activité ? Hors le fait, rédhibitoire pour certains, que l'un est patron (ou investisseur, ce qui revient strictement au même) et l'autre salarié. Hors le fait que, dans la tête de certains, les revenus du capital sont honteux et ceux du travail sont vertueux. Hors le fait que pour ceux-là, et par définition, les produits de l'entreprise doivent aller majoritairement et prioritairement aux salariés, et accessoirement seulement aux actionnaires (et encore...)
Et bien moi, ces raisonnements-là m'indignent. Ils déshonorent tout bonnement ceux qui les tiennent.
Appliquer leur politique, ce serait inéluctablement conduire à une fin certaine les entreprises concernées, et donc à la disparition programmée de la totalité de leurs emplois. Ils auront évidemment le culot ensuite de fustiger les erreurs de gestion qui auront conduit à la catastrophe, erreurs de gestion dont ferait partie le maintien des emplois inutiles... Où peut-on bien trouver après ça le plus petit semblant de crédibilité dans leur discours ?
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samedi 6 décembre 2008
Plan de relance des déficits publiques ?
Au plan macro économique, la première des conséquences négatives a été, et ce n'est pas en train de s'arranger, d'obliger les pouvoirs politiques à intervenir massivement dans l'économie, ce qui est totalement contre nature et habituellement toxique pour l'économie. Mais dans les circonstances actuelles, cette toxicité est, comme je l'ai déjà dit, un mal nécessaire, un peu comme quand on injecte de la morphine à un grand malade pour calmer sa douleur.
Malheureusement, les états dans le monde occidental, et la France en particulier, ont des finances publiques tellement calamiteuses que ces interventions qui, pour être efficaces, doivent nécessairement être massives, ne peuvent être mises en oeuvre que par le creusement des déficits, lesquels sont déjà abyssaux.
Mais les effets de cette crise mondiale ont néanmoins deux conséquences positives : le fait d'obliger les dirigeants à réfléchir et celui de les pousser à prendre des mesures possiblement impopulaires. Ils n'ont pas le choix : il en va de la survie même de leurs économies, c'est à dire indirectement de leurs administrés. Même si ces derniers ont pour certains l'impression que les mesures ne leur apportent rien, ce qui est totalement faux.
Ainsi en va-t-il notamment du plan de relance de l'économie française présenté hier. Certains de mes commentateurs habituels me reprocheront encore une fois de soutenir l'action du Président Sarkozy. Si c'est bien le cas sur ce sujet particulier, les plus objectifs d'entre eux reconnaîtront que je ne le soutiens pas sans faille au long cours...
Mais ici, je dois reconnaître que les décisions qui ont été prises vont dans le bon sens, et je m'en félicite pour la France comme pour les Français, même s'il faudra sans doute ajouter au plan des mesures complémentaires, y compris coûteuses, dans un avenir plus ou moins proche. Mais il faut espérer qu'elles seront inspirées par la même idée vertueuse : celle de soutenir l'investissement, c'est à dire l'offre, et non pas la consommation, c'est à dire la demande.
Avant d'expliciter ce dernier propos, je voudrais quand même soulever un problème qui risque de se poser très rapidement. La France n'est pas la seule à user du déficit budgétaire, c'est à dire de l'emprunt, pour financer un plan de relance ou de soutien à son économie, loin de là.
Ce sont au total des centaines et des centaines de milliards de dollars que les états vont devoir lever sur les marchés internationnaux. Or, outre le fait que les réserves monétaires disponibles ne sont pas illimitées, sauf à "faire tourner la planche à billets", ce à quoi ni le FMI ni la Banque Mondiale ne sont prêts et heureusement, ces réserves ne sont pratiquement constituées, aux niveaux actuels de cette demande nouvelle, que par des "fonds souverains" de pays particulièrement dangereux pour nous.
En effet, que ce soient les pays dits "émergeants", à commencer par la Chine, que ce soit la Russie, ou que ce soient les pays du Golfe, ce sont autant d'états pour le moins très peu démocratiques d'une part, peu scrupuleux on l'a déjà éprouvé du respect des accords internationnaux, et qui plus est demandeurs des hautes technologies que possède de facto l'Occident. Il y a donc un risque majeur à mes yeux que ces bailleurs de fonds profitent de l'aubaine pour obtenir de nous des avantages importants, en termes financiers ou, pire, en termes de transferts de technologie, ce qui fragiliserait notre place future dans le concert de la compétition internationale. Mais on n'a malheureusement pas le choix : c'est en grande partie la conséquence de notre inconséquence passée en matière d'équilibres budgétaires...
J'en viens à la nature même de la relance. Deux écoles s'affrontent sur le sujet : soit relance de la demande soit relance de l'offre.
La première consiste à "booster" la consommation par le biais du soutien ponctuel du pouvoir d'achat : augmentation des salaires (mais la plupart des entreprises sont déjà dans des situations scabreuses à cause de la crise) et des retraites, et injection directe de capitaux dans le tissu social soit par des aides ciblées (la prime à la casse de 1000 € en est un exemple) soit par des subventions en espèces (l'allocation de 200 € aux futurs bénéficaires du RSA par exemple).
Outre le fait qu'il ne peut s'agir que d'un saupoudrage (26 milliards d'euros divisés par 60 millions de Français égalent 433 € sur deux ans, soit 216 € par an, soit 18 € par mois !...), ce type d'aide a deux défauts qui la rendent inopérante. D'abord, ponctuelle elle ne résout aucunement le problème sur le long terme, et ensuite elle bénéficie autant (et surtout compte tenu de notre faible compétitivité industrielle - il suffit de voir les chiffres de notre commerce extérieur) aux industriels étrangers qu'à notre industrie nationale et donc à l'emploi. En ce sens, elle ne prépare aucunement l'avenir et la pérénité de notre activité.
La deuxième école, qui est celle qu'a choisi le gouvernement, est celle du soutien de l'offre par l'investissement.
Je peux concevoir qu'un grand nombre de personnes aient a priori l'impression qu'il s'agit essentiellement d'aider les entreprises ou, comme disent certains syndicalistes, de "distribuer de l'argent aux patrons". C'est tout à fait vrai dans un premier temps, mais totalement faux à plus ou moins court terme.
Soutenir l'investissement, c'est faire en sorte que les entreprises de ce pays aient l'oxygène nécessaire pour non seulement poursuivre leurs activités, c'est à dire sauver autant que faire se peut l'emploi, au présent. C'est surtout, si l'aide est correctement ciblée, et les conditions de son application vérifiées, augmenter rapidement la compétitivité de notre industrie, notamment par l'innovation, afin de lui permettre de gagner des parts de marché, tant à l'intérieur (moins d'importations) qu'à l'extérieur (plus d'exportations), et ainsi non seulement préserver mais développer l'emploi. Il est à noter que dans le plan proposé, figure l'interdiction de délocalisations pour les entreprises qui bénéficieront des aides. Même s'il s'agit d'une contrainte importante pour les entreprises concernées, on peut admettre en effet que l'on n'accepte pas que l'argent public serve à financer des plans sociaux, comme ce fut le cas dans le passé.
Au plan de l'investissement, le déclanchement rapide annoncé de grands travaux comme le canal Seine-Nord ou quelques lignes de TGV sont également une bonne nouvelle pour les entreprises concernées et par leurs salariés.
Le troisième axe du plan Sarkozy, peu commenté par la presse, me semble également à la fois intéressant et important. Il s'agit de la réforme des marchés publics. Dans un pays où la commande publique représente 10 % du PIB, ce poste n'est certainement pas négligeable.
La lourdeur actuelle des procédures fait que les délais de réalisation sont extrêmement longs, et découragent les petits fournisseurs. En outre, les délais de paiement des pouvoirs publiques sont également de nature à décourager les PME. Or ce sont elles, tout le monde le sait, qui soutiennent majoritairement le marché du travail.
Autre point négatif de la gestion des finances publiques : les aides fiscales, la plupart du temps conçues sous forme de crédits d'impôt, n'ont de réel impact sur les budgets des bénéficiaires, particuliers ou entreprises, que l'année suivante, puisqu'elles sont déduites de la charge de l'impôt. Le fait de verser immédiatement ces sommes, comme d'ailleurs les dettes de l'administration, au lieu d'attendre la feuille d'impôt est sans aucun doute une très bonne idée. Je tiens cependant à rappeler ici que, sur le fond, je suis personnellement opposé à ce style d'interventions qui crée des "niches", et donc des inégalités flagrantes devant la pression fiscale.
En résumé, voici un plan qui, pour la première fois depuis des décennies, agit sur les vrais leviers efficaces. En privilégiant la compétitivité actuelle et future des entreprises et en tournant le dos à un saupoudrage inefficace au bénéfice de la seule consommation immédiate, il est de nature à renforcer les capacités de l'entreprenariat à maintenir et à développer une activité soutenue, et donc à la fois l'emploi et le pouvoir d'achat.
Il faudra cependant, je ne suis pas angélique, à la fois vérifier qu'il est correctement mis en oeuvre d'une part, et que les conditions d'utilisation par le tissu industriel, grandes comme petites entreprises, seront correctement vérifiées et les abus sanctionnés d'autre part.
Ce n'est qu'à cette condition que cet accroissement du déficit et de la dette sera supportable, moralement comme économiquement.
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mercredi 3 décembre 2008
Economie sociale et solidaire.
J'y ai appris, dans le préambule de présentation prononcé par un éminent (mais ils le sont tous) élu local, que l'ESS en question était enseignée dans le cadre de l'IUT dans les locaux duquel on se trouvait réunis. Ce n'était pas encore le cas à l'époque où je fréquentais les bancs d'Assas. Aussi, et à ce stade, ma curiosité n'était pas encore satisfaite. Ca n'allait pas durer, et je n'allais pas être déçu...
Suivit une deuxième partie du préambule, aux bons soins d'un second intervenant qui s'est présenté comme le Secrétaire Général d'un organisme dont j'ai oublié le sigle, mais très officiel et très administrativement constitué, connu, et bien entendu ... financé !
Avant de me rendre à l'invitation, une consultation de Wikipédia m'avait donné quelques notions en m'informant que "Par économie sociale on désigne une doctrine politique qui entend développer, sous le nom de tiers secteur, les activités économiques qui ne sont organisées ni comme des entreprises capitalistes (puisque leur finalité n'est pas principalement de dégager un bénéfice), ni comme un service publique, ni comme une famille."
Ce que Wikipédia ne m'avait pas indiqué, et que j'ai découvert sur place, c'est que cette économie dite "sociale" était devenue également "solidaire" depuis qu'elle bénéficiait généreusement de la solidarité publique, c'est à dire de ... l'impôt !
J'explique avec mes mots, car ceux que j'ai entendus, directement empruntés à la langue de bois et au lexique politico-militant-de-gauche-assumé, ne rendent pas compte clairement de la réalité profonde du concept.
L'économie sociale et solidaire, c'est "la partie de l'économie qui met, parait-il, l'homme au centre du propos aux lieu et place du profit". En d'autres termes, c'est une activité économique (50 % parait-il de l'économie locale en Nord Pas de Calais !) qui ne génère pas de profits, et n'a d'autre finalité que de répondre aux besoins des citoyens sans souci de rentabilité.
Le point positif de ce "bidule", c'est qu'il serait porteur de créations d'emplois par charrettes, et d'emplois bien rémunérés s'il vous plaît. Jusque là, c'est assez séduisant. Mais l'empêcheur de rêver en rond que je suis s'est immédiatement posé la question-de-fond-qui-fâche : si ça ne fait pas de profits, si c'est essentiellement au bénéfice des populations modestes, et si ça rémunère bien ses intervenants, alors qui paie ? Il n'y a pas besoin d'être docteur en économie pour comprendre qu'il y a un problème de fond...
Par respect pour l'amie qui m'avait invité, je me suis bien gardé de poser la question, d'autant que je n'avais pas la parole, et je me proposais de soulever le lièvre lors de l'atelier de réflexion qui devait suivre et auquel je m'étais inscrit. Je n'eus pas besoin d'attendre cet atelier, et j'ai vite compris.
En fait, on a commencé par nous expliquer que, "comme nous le voyons en ce moment", l'économie de marché, celle qui a donné ses heures de gloire aux "trente glorieuses", ne répondait pas à toutes les situations, que le marché ne s'auto-régulait pas du tout, et que ce modèle économique était caduque. Qu'il fallait en inventer un autre, et que l'économie sociale et solidaire était de nature à répondre à ces nouvelles exigences.
On a ensuite continué logiquement en nous expliquant tout aussi naturellement que pour pallier les manques de l'économie de marché, les mieux à même de s'y coller étaient les élus, et que le monde associatif au sens large (associations, coopératives, fondations) avait toutes les caractéristiques pour être leurs intermédiaires de terrain, essentiellement financées par ... des subventions !
Ben voyons ! La voilà la réponse à toutes mes questions ! Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Dire que la solution était là, sous mes yeux : un président de communauté de communes, des élus, des associations (très) proches des politiques locaux. Et je n'avais même pas compris ! Suis-je bête...
Un petit détail quand même, car décidément j'ai toujours des questions impertinentes. Avec les impôts de qui va-t-on alimenter les subventions ? Avec le produit de quelle activité non-sociale et non-solidaire ? Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! Avec le secteur marchand. Avec les profits de ces affreux capitalistes libéraux. C'est tellement facile...
J'avais sous les yeux, à portée de mains, tout ce qui représente la négation de tout ce à quoi je crois dans ce bas monde. Je baignais dans une soupe collectiviste et je ne m'en étais même pas rendu compte...
Inutile de dire que je n'ai pas participé à l'atelier prévu. Je me suis esquivé en présentant quelques excuses propres à ne pas vexer l'amie qui m 'avait invité, qui reste mon amie mais avec qui je refuserai à tout jamais de parler politique au risque que, rapidement, elle ne le soit plus si je lui disais ce que je pense vraiment...
Tout ceci dans le cadre d'un institut universitaire, en présence d'élus locaux, et donc avec toute l'apparence d'une manifestation officielle propre à engendrer le bourrage de crâne que je suppose bien être le but ultime de la manoeuvre.
Je ne vois pas bien pourquoi ce forum serait un cas isolé, et j'imagine donc, de plus, que de telles messes d'endoctrinement se déroulent un peu partout dans ce beau pays, aux frais du contribuable évidemment car il faut bien payer les frais que ça engendre...
Vive la République. Vive la France.
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mardi 2 décembre 2008
Fermons la parenthèse !
Désormais moins bousculé dans mon emploi du temps, je saute sur le loisir qui m'est enfin rendu pour fermer la parenthèse. Je ne reviendrai pas sur ces deux mois d'une intense foire d'empoigne politique, économique, financière et judiciaire, sauf pour dire que mon propos d'aujourd'hui m'a été directement inspiré par ces évènements-là, et qu'il est l'expression de ce qu'ils m'inspirent.
Il faut noter tout d'abord que je n'avais de toute évidence aucunement tort de dire que nous étions à l'orée d'une crise économique sévère et que la crise financière servirait à en masquer les véritables raisons.
Nous sommes malheureusement devant l'évidence que cette crise économique, qui avait commencé bien avant l'éclatement de la bulle financière américaine, est très profonde, bien plus peut-être que nous ne pouvons le percevoir encore aujourd'hui, et qu'elle aura (qu'elle a déjà) des conséquences hautement négatives sur la vie de tous les jours de chacun d'entre nous.
Il est moins évident qu'elle n'a pas pour point de départ la crise financière, et que cette dernière a tout juste "jeté de l'huile sur le feu". Il n'est pas encore évident non plus pour tout le monde que les pouvoirs politiques, partout dans le monde et particulièrement en Occident, s'en servent pour masquer le fait que leurs erreurs en sont la cause principale.
Je maintiens avec beaucoup d'autres que les politiques dirigistes de nos gouvernants, y compris de ceux qui se voient taxés de soi-disant libéralisme à longueur de temps, et je pense particulièrement aux USA mais les états d'Europe ne sont évidemment pas exempts, que ces politiques donc, menées à grands renforts de prélèvements obligatoires, de contraintes liberticides et de réglementations paralysantes, asphyxient les économies, annihilent les initiatives, et sont à la base de la faillite d'une mondialisation qui aurait dû être au contraire la source d'une développement sans précédent sur toute la planète. Seuls certains pays l'ont bien compris, même s'ils n'ont pas encore atteint le niveau de libéralisation souhaitable de leurs économies, et ce sont ceux, comme par hasard, que l'on qualifie à juste titre d'émergeants : la Chine, qui est en train, à trop petits pas, d'abandonner son économie collectiviste et planifiée, l'Inde qui s'ouvre avec bonheur à la liberté d'entreprendre, le Mexique qui copie, malheureusement pour lui, y compris les erreurs de l'Oncle Sam, et même la Russie qui peine à éradiquer les vieux démons de l'ex-URSS mais qui semble cependant sur le bon chemin.
Malgré ce constat évident pour peu que l'on veuille bien examiner les choses de l'oeil froid et impartial du témoin sans préjugés, on entend à n'en plus finir les anti-libéraux de tous poils profiter avec opportunisme de la crise actuelle, et de son traitement par les pouvoirs politiques, pour se vanter d'avoir eu raison de tous temps, pour crier la victoire évidente de leurs thèses, en stigmatisant ce qu'ils appellent la faillite du libéralisme, voire pour certains d'entre eux du capitalisme...
Un mot tout d'abord des interventions actuelles des pouvoirs publics. J'ai déjà dit largement ce que je pensais de l'injection par les gouvernements de capitaux publics dans l'économie. Je maintiens avec force que cet interventionnisme ne peut être que néfaste, pour les raisons que j'ai développées dans mes précédents billets. L'état n'a aucune légitimité à intervenir activement dans la sphère économique ou financière. Son rôle se borne, mais il s'agit d'une obligation incontournable selon moi, à en garantir le bon fonctionnement par l'édiction de règles strictes destinées à interdire les abus et à protéger ainsi les intérêts des citoyens, et par des contrôles efficaces de l'application de ces règles. C'est ce qu'on appelle communément la régulation, et que les autorités ont négligé dans les dernières décennies au profit de la réglementation, qui n'a pas de rapport avec la régulation et dont le but est notamment de profiter fiscalement de l'activité des opérateurs financiers sans souci de la sécurité des investisseurs, petits ou grands.
Mais nous sommes aujourd'hui devant une situation, directement induite par le laxisme que je viens de dénoncer, qui risque de mener à la faillite non seulement certaines banques comme on l'a dit, et comme a pu le constater pour certaines d'entre elles, mais par ricochet des pans entiers de l'économie dont les acteurs (les entreprises) dépendent directement de ces banques, en ce que ce sont elles qui, naturellement, distribuent le crédit indispensable à l'investissement quand ce n'est pas au fonctionnement des dites entreprises.
C'est en cela qu'on ne peut qu'approuver, avec moultes regrets mais avec pragmatisme, le principe des plans de soutien qui ont été annoncés. Même s'il y aurait beaucoup à dire sur leur contenu. A noter que ces interventions de fonds publics dans l'économie ne se conçoivent que temporaires et conditionnels. Les sommes injectées devront être remboursées la crise passée, et elles entraînent de la part de leurs bénéficiaires des comportements "de bon père de famille" comme disait jadis le code civil. La contrepartie de de l'aide publique étant une prise de participation dans le capital, temporaire je le répète, cette participation devrait être le moyen pour la puissance publique de s'assurer de ces bonnes pratiques. Encore une obligation à la charge des états, qu'on ne pourra pas leur pardonner ensuite de ne pas avoir assumée.
Quant au satisfecit des tenants d'une économie de forme collectiviste, je ne peux que leur conseiller d'être un peu plus modestes, et de ne pas penser trop vite qu'ils avaient raison, qu'ils ont raison, ni même qu'ils auront raison un jour. Ce que nous vivons n'est pas du tout la faillite des politiques libertaires (je veux dire par là des politiques respectueuses de la liberté), et encore moins la preuve par l'absurde (ce serait en effet absurde de le penser) que le socialisme (pour enfin prononcer le mot) est la solution.
C'est au contraire le manque de libéralisme qui a conduit à la catastrophe. Encore faut-il se mettre d'accord sur le sens du mot. Libéralisme ne signifie pas anarchie, et liberté ne signifie pas chienlit. Le libéralisme, ce n'est pas l'absence de règles, c'est l'institution des seules règles qui permettent de garantir la liberté et la sécurité des citoyens, et en particulier des acteurs économiques. Etre libre ne signifie pas avoir le droit de tuer son voisin (ni physiquement, ni socialement, ni économiquement), cela signifie avoir les mêmes droits que lui et cela suppose d'être tenu de respecter les siens.
Le respect de cet équilibre subtil est la charge qui pèse sur la puissance publique. Elle est sa seule raison d'être. Le rôle de l'état n'est pas de faire la morale, de penser à la place des citoyens, de les contraindre malgré eux à tel ou tel comportement, même si on pense que c'est mieux pour eux. Le rôle de l'état n'est pas de faire le bonheur de ses administrés. Ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils veulent, ce dont ils ont envie et ce qu'ils veulent faire. Le rôle de l'état, c'est de leur permettre de le faire, en garantissant leur sécurité.
C'est ce qui n'a pas été fait sur le plan économique et financier et qui a provoqué la faillite d'un système bancaire dont les dirigeants ont enfreint les règles de sécurité propres à préserver les investisseurs, grands et petits. Au lieu de réguler, les états ont réglementé, et ce n'est pas du tout la même chose. De plus, ils n'ont pas suffisamment contrôlé, ni le bien-fondé des règles édictées, ni le respect de ces règles. Les états ont failli à leur devoir de base : celui de préserver et de garantir la liberté et la sécurité de leurs administrés. Ce n'est pas la faillite du libéralisme, c'est celle du dirigisme. Nuance.
Alors, cessez s'il vous plaît de crier haro sur le capitalisme et ce libéralisme que vous dites exécrer sans même vous donner la peine de comprendre ce qu'il est. Il est temps d'être sérieux et de ramer dans le bon sens. Il est temps de fermer la parenthèse...
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jeudi 2 octobre 2008
Et la fête continue...
En une dizaine de jours, la crise économique financière a suscité nombre de réactions, de rebondissements, de commentaires, et... de conneries monstrueuses.
Mais de tout ce brouhaha et de tout ce remue-ménage politico-médiatique, il ne ressort finalement qu'une "morale" (au seul sens des fabulistes, car il n'y a rien de très moral là-dedans finalement !) : comme à l'accoutumée, le monde politique n'a pas d'autre réponse, quel que soit le problème qui s'offre s'impose à lui, à savoir la fausse monnaie planche à billets et les déficits. Ce qui revient à faire payer le contribuable pour renflouer les éventuelles pertes présentes ou à venir de ce même contribuable. Cela revient à expliquer à celui qui aura perdu la moitié de ses économies comment il peut se refinancer lui-même avec ses impôts. Quelle action géniale, n'est-ce pas ?
Dans un premier temps, j'ai constaté avec étonnement que la Chambre des Représentants des Etats Unis avait pris une décision sensée, d'ailleurs soutenue par une large majorité d'Américains d'après les sondages, à savoir le refus de ce plan auquel Busch n'a même pas osé donner son propre nom, et qu'il a affublé de celui de son Secrétaire d'Etat au Trésor, ce qui ne lui a en rien donné plus de pertinence. Mais le Sénat américain hier et la même Chambre des Représentants cette nuit, ont finalement voté le plan. Et, cette fois, je n'en suis pas du tout étonné. C'est bien dans la logique de cette Amérique que beaucoup prétendent libérale, et qui en fait n'a qu'un credo : l'adoration du dieu Fortune. Ce n'est pas du libéralisme, ce n'est que de la boulimie de consommation.
Et ça n'a rien à voir...
Je sais que je vais faire bondir beaucoup de mes lecteurs en parlant ainsi mais, comme je l'ai déjà dit, déverser 700 milliards de dollars (que l'on n'a pas) à destination des établissements financiers responsables de la crise actuelle par leur prise de risque incompétence exagérée, c'est à la fois un forfait à l'égard du contribuable américain, un coup d'épée dans l'eau, et une incitation au crime.
En effet, ajouter 700 nouveaux milliards au déficit budgétaire fédéral, c'est appauvrir d'autant les contribuables. C'est en outre inopérant, dans la mesure où ces capitaux publics ne suffiront en aucune manière à sauver l'économie, même s'ils donnent de l'oxygène à court terme aux institutions bancaires américaines. Ils les sauveront peut-être de la faillite, mais ils ne permettront certainement pas de faire renaître la confiance, condition sine qua non au redémarrage d'une économie mondiale tout bonnement stoppée par le coup de tonnerre financier qu'on vient de vivre.
Et surtout, c'est donner un signal désastreux aux responsables de la situation actuelle. C'est dire aux dirigeants des banques : "Allez-y, ne vous en faites pas, continuez à faire n'importe quoi. L'Etat sera toujours là pour couvrir vos erreurs." Non seulement l'Etat les Etats n'est ne sont pas capables d'exercer sa leur mission de protection de la propriété privée du citoyen en faisant la police qui est sa leur raison d'être, mais encore ils couvrent les fautifs et les refinancent quand ils se sont crashés ! Avec l'argent du citoyen, évidemment. Ou plutôt avec celui de ses enfants compte tenu de l'état désastreux des finances publiques...
Mais le scandale que je dénonce ici ne se limite pas aux Etats Unis, et c'est pourquoi je mets les Etats au pluriel. La contagion tant redoutée au niveau de la mauvaise santé des systèmes financiers dans le reste du monde, contagion assez souvent peu probable finalement à grande échelle, est par contre avérée pour ce qui est des réactions des dirigeants politiques, à commencer par le nôtre. Avec la circonstance aggravante qu'il préside actuellement le Conseil Européen, et que donc il risque d'entraîner dans son sillage l'Union Européenne toute entière par l'entremise de la BCE s'il parvient à ses fins.
Tout d'abord, les états du Benelux nationalisent Fortis. Puis la Belgique (décidément !) et la France s'associent pour nationaliser à son tour Dexia. Il est vrai qu'en Europe, les nationalisations ont été de presque tous temps une maladie très répandue, mais on commençait à croire à la guérison. De toute évidence il n'en est rien, et le soi-disant libéralisme tant reproché à la Commission Européenne, à la plupart des Etats membres, et à la France en particulier, s'accomode de toute évidence assez bien des comportements collectivistes ancrés dans leurs cultures !
Non content de cela, on prête à Nicolas Sarkozy l'idée d'un plan, "à l'américaine" mais à dimension européenne, de soutien au secteur bancaire, à hauteur de 300 milliards d'euros. Le seul fait que Christine Lagarde dans un premier temps, et Henri Gaino ce matin, démentent chacun avec une ardeur courroucée, est peut-être bien le signe que cette éventualité n'est pas si absurde que ça...
Pauvres citoyens que nous sommes décidément. Pauvres épargnants d'abord, qui faisons confiance à notre banquier pour faire fructifier (!...) nos maigres économies. Pauvres investisseurs aussi, qui mettons lesdites économies, quand elles sont un peu plus importantes, dans des valeurs boursières que les irresponsables à qui nous confions nos intérêts dilapident sur des marchés hasardeux mieux qu'on ne pourrait le faire nous-mêmes au casino, et sans plus de conscience et de responsabilité (dans les deux sens du terme puisqu'ils ne risquent rien !). Et pauvres contribuables enfin à qui on vient prendre le peu qui reste pour refinancer les coupables !
On s'étonnera ensuite que la politique intéresse de moins en moins, et que l'abstention soit reine lors des scrutins importants...
Mais au-delà de ces constatations aussi alarmantes que pitoyables, j'ai bien peur pour ma part que l'attitude de nos dirigeants soit mue par une arrière-pensée plus alarmante encore.
Avez-vous remarqué avec quelle vigueur les responsables politiques français nous rabachent à longueur de temps que "le système bancaire français est solide", que "les banques françaises sont généralistes, et ne sont donc pas exposées autant que leurs consoeurs américaines", et "qu'il est donc inutile de s'affoler". Ca fait penser au nuage de Tchernobyle, mais je pense très sincèrement que le raisonnement n'est pas totalement fallacieux, et que l'on risque beaucoup moins en France que dans beaucoup d'autres pays, même européens.
Mais alors, pourquoi dans le même temps se sentir obligé de dire avec tant d'instance "que l'Etat garantira quoi qu'il arrive les avoirs des comptes courants et des comptes épargne", et "qu'il ne permettra pas qu'aucun Français perde un seul euro du fait de la défaillance de sa banque" ? S'il n'y a pas de risque d'incendie, alors pourquoi tant insister sur la performance des pompiers ? D'autant que c'est totalement contre-productif. Les citoyens ne sont pas que des imbéciles, et ils se disent instinctivement que s'il y a tant de garde-fous mis en place, c'est bien qu'il y a de la démence dans l'air. Or, je le répète, la confiance est le seul moteur de l'économie et de la croissance.
Eh bien voilà le coeur du problème, justement. Je pense que la crise financière que nous vivons trouverait tout naturellement son issue, même sans toutes ces interventions et même sans tout ce tapage électoraliste politique. Par contre, une autre crise bien plus sévère encore, et sur laquelle les politiques ne peuvent déjà plus grand chose, est enclenchée et ne fera qu'empirer, mécaniquement, au minimum dans les trois à cinq ans à venir. Et cette crise-là n'est pas seulement financière. Elle est économique. Elle est due en grande partie à la raréfaction des ressources énergétiques et des matières premières, en regard de la demande démesurément accrue (pays émergeants, augmentation de la population mondiale...), raréfaction pourtant parfaitement prévisible, sans aucun doute appréhendée depuis longtemps, mais à laquelle on n'a rien fait pour répondre. Et il sera certes commode, quand "on aura le nez dedans", de prétendre qu'elle sera due à la crise financière d'aujourd'hui. D'où la "nécessité" d'affoler l'opinion, quitte à aggraver encore la situation économique.
A force de vouloir intervenir sur tout, sauf sur les fondamentaux; à force de faire du social inopérant, coûteux et contre-productif, au lieu de mettre en oeuvre ses missions régaliennes; à force de penser plus au bulletin de vote qu'à la sécurité des citoyens, dont devrait faire partie une vraie moralisation des marchés; à force de se dire libéral tout en agissant en constructiviste acharné, l'Etat est passé à côté de sa raison d'être. Il s'est laissé engluer dans des actions indignes de lui, liberticides et déstabilisantes pour la société et le citoyen qu'il est sensé préserver.
Alors, faute de pouvoir agir, il en est réduit à faire semblant. Il fait les deux seules choses qui demeurent possibles pour lui : tenter de masquer par tous les moyens, y compris fallacieux, son incapacité à résoudre les problèmes, et payer avec des fonds qui ne lui appartiennent pas un semblant de stabilité.
Il échouera sur les deux tableaux. Mais en attendant, il "arrose" avec nos impôts. Et que la fête continue...
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