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jeudi 2 octobre 2008

Et la fête continue...

Mon dernier billet, du 23 septembre, sur la crise financière américaine mondiale, a fait couler pas mal d'encre eu égard à la modestie de mon blog. Je n'en suis pas mécontent, au contraire, et je remercie mes commentateurs, même et peut-être surtout ceux qui m'ont contredit attaqué. C'est comme ça que naissent les débats constructifs intéressants.

En une dizaine de jours, la crise économique financière a suscité nombre de réactions, de rebondissements, de commentaires, et... de conneries monstrueuses.

Mais de tout ce brouhaha et de tout ce remue-ménage politico-médiatique, il ne ressort finalement qu'une "morale" (au seul sens des fabulistes, car il n'y a rien de très moral là-dedans finalement !) : comme à l'accoutumée, le monde politique n'a pas d'autre réponse, quel que soit le problème qui s'offre s'impose à lui, à savoir la fausse monnaie planche à billets et les déficits. Ce qui revient à faire payer le contribuable pour renflouer les éventuelles pertes présentes ou à venir de ce même contribuable. Cela revient à expliquer à celui qui aura perdu la moitié de ses économies comment il peut se refinancer lui-même avec ses impôts. Quelle action géniale, n'est-ce pas ?

Dans un premier temps, j'ai constaté avec étonnement que la Chambre des Représentants des Etats Unis avait pris une décision sensée, d'ailleurs soutenue par une large majorité d'Américains d'après les sondages, à savoir le refus de ce plan auquel Busch n'a même pas osé donner son propre nom, et qu'il a affublé de celui de son Secrétaire d'Etat au Trésor, ce qui ne lui a en rien donné plus de pertinence. Mais le Sénat américain hier et la même Chambre des Représentants cette nuit, ont finalement voté le plan. Et, cette fois, je n'en suis pas du tout étonné. C'est bien dans la logique de cette Amérique que beaucoup prétendent libérale, et qui en fait n'a qu'un credo : l'adoration du dieu Fortune. Ce n'est pas du libéralisme, ce n'est que de la boulimie de consommation.

Et ça n'a rien à voir...

Je sais que je vais faire bondir beaucoup de mes lecteurs en parlant ainsi mais, comme je l'ai déjà dit, déverser 700 milliards de dollars (que l'on n'a pas) à destination des établissements financiers responsables de la crise actuelle par leur prise de risque incompétence exagérée, c'est à la fois un forfait à l'égard du contribuable américain, un coup d'épée dans l'eau, et une incitation au crime.

En effet, ajouter 700 nouveaux milliards au déficit budgétaire fédéral, c'est appauvrir d'autant les contribuables. C'est en outre inopérant, dans la mesure où ces capitaux publics ne suffiront en aucune manière à sauver l'économie, même s'ils donnent de l'oxygène à court terme aux institutions bancaires américaines. Ils les sauveront peut-être de la faillite, mais ils ne permettront certainement pas de faire renaître la confiance, condition sine qua non au redémarrage d'une économie mondiale tout bonnement stoppée par le coup de tonnerre financier qu'on vient de vivre.

Et surtout, c'est donner un signal désastreux aux responsables de la situation actuelle. C'est dire aux dirigeants des banques : "Allez-y, ne vous en faites pas, continuez à faire n'importe quoi. L'Etat sera toujours là pour couvrir vos erreurs." Non seulement l'Etat les Etats n'est ne sont pas capables d'exercer sa leur mission de protection de la propriété privée du citoyen en faisant la police qui est sa leur raison d'être, mais encore ils couvrent les fautifs et les refinancent quand ils se sont crashés ! Avec l'argent du citoyen, évidemment. Ou plutôt avec celui de ses enfants compte tenu de l'état désastreux des finances publiques...

Mais le scandale que je dénonce ici ne se limite pas aux Etats Unis, et c'est pourquoi je mets les Etats au pluriel. La contagion tant redoutée au niveau de la mauvaise santé des systèmes financiers dans le reste du monde, contagion assez souvent peu probable finalement à grande échelle, est par contre avérée pour ce qui est des réactions des dirigeants politiques, à commencer par le nôtre. Avec la circonstance aggravante qu'il préside actuellement le Conseil Européen, et que donc il risque d'entraîner dans son sillage l'Union Européenne toute entière par l'entremise de la BCE s'il parvient à ses fins.

Tout d'abord, les états du Benelux nationalisent Fortis. Puis la Belgique (décidément !) et la France s'associent pour nationaliser à son tour Dexia. Il est vrai qu'en Europe, les nationalisations ont été de presque tous temps une maladie très répandue, mais on commençait à croire à la guérison. De toute évidence il n'en est rien, et le soi-disant libéralisme tant reproché à la Commission Européenne, à la plupart des Etats membres, et à la France en particulier, s'accomode de toute évidence assez bien des comportements collectivistes ancrés dans leurs cultures !

Non content de cela, on prête à Nicolas Sarkozy l'idée d'un plan, "à l'américaine" mais à dimension européenne, de soutien au secteur bancaire, à hauteur de 300 milliards d'euros. Le seul fait que Christine Lagarde dans un premier temps, et Henri Gaino ce matin, démentent chacun avec une ardeur courroucée, est peut-être bien le signe que cette éventualité n'est pas si absurde que ça...

Pauvres citoyens que nous sommes décidément. Pauvres épargnants d'abord, qui faisons confiance à notre banquier pour faire fructifier (!...) nos maigres économies. Pauvres investisseurs aussi, qui mettons lesdites économies, quand elles sont un peu plus importantes, dans des valeurs boursières que les irresponsables à qui nous confions nos intérêts dilapident sur des marchés hasardeux mieux qu'on ne pourrait le faire nous-mêmes au casino, et sans plus de conscience et de responsabilité (dans les deux sens du terme puisqu'ils ne risquent rien !). Et pauvres contribuables enfin à qui on vient prendre le peu qui reste pour refinancer les coupables !

On s'étonnera ensuite que la politique intéresse de moins en moins, et que l'abstention soit reine lors des scrutins importants...

Mais au-delà de ces constatations aussi alarmantes que pitoyables, j'ai bien peur pour ma part que l'attitude de nos dirigeants soit mue par une arrière-pensée plus alarmante encore.

Avez-vous remarqué avec quelle vigueur les responsables politiques français nous rabachent à longueur de temps que "le système bancaire français est solide", que "les banques françaises sont généralistes, et ne sont donc pas exposées autant que leurs consoeurs américaines", et "qu'il est donc inutile de s'affoler". Ca fait penser au nuage de Tchernobyle, mais je pense très sincèrement que le raisonnement n'est pas totalement fallacieux, et que l'on risque beaucoup moins en France que dans beaucoup d'autres pays, même européens.
Mais alors, pourquoi dans le même temps se sentir obligé de dire avec tant d'instance "que l'Etat garantira quoi qu'il arrive les avoirs des comptes courants et des comptes épargne", et "qu'il ne permettra pas qu'aucun Français perde un seul euro du fait de la défaillance de sa banque" ? S'il n'y a pas de risque d'incendie, alors pourquoi tant insister sur la performance des pompiers ? D'autant que c'est totalement contre-productif. Les citoyens ne sont pas que des imbéciles, et ils se disent instinctivement que s'il y a tant de garde-fous mis en place, c'est bien qu'il y a de la démence dans l'air. Or, je le répète, la confiance est le seul moteur de l'économie et de la croissance.

Eh bien voilà le coeur du problème, justement. Je pense que la crise financière que nous vivons trouverait tout naturellement son issue, même sans toutes ces interventions et même sans tout ce tapage électoraliste politique. Par contre, une autre crise bien plus sévère encore, et sur laquelle les politiques ne peuvent déjà plus grand chose, est enclenchée et ne fera qu'empirer, mécaniquement, au minimum dans les trois à cinq ans à venir. Et cette crise-là n'est pas seulement financière. Elle est économique. Elle est due en grande partie à la raréfaction des ressources énergétiques et des matières premières, en regard de la demande démesurément accrue (pays émergeants, augmentation de la population mondiale...), raréfaction pourtant parfaitement prévisible, sans aucun doute appréhendée depuis longtemps, mais à laquelle on n'a rien fait pour répondre. Et il sera certes commode, quand "on aura le nez dedans", de prétendre qu'elle sera due à la crise financière d'aujourd'hui. D'où la "nécessité" d'affoler l'opinion, quitte à aggraver encore la situation économique.

A force de vouloir intervenir sur tout, sauf sur les fondamentaux; à force de faire du social inopérant, coûteux et contre-productif, au lieu de mettre en oeuvre ses missions régaliennes; à force de penser plus au bulletin de vote qu'à la sécurité des citoyens, dont devrait faire partie une vraie moralisation des marchés; à force de se dire libéral tout en agissant en constructiviste acharné, l'Etat est passé à côté de sa raison d'être. Il s'est laissé engluer dans des actions indignes de lui, liberticides et déstabilisantes pour la société et le citoyen qu'il est sensé préserver.

Alors, faute de pouvoir agir, il en est réduit à faire semblant. Il fait les deux seules choses qui demeurent possibles pour lui : tenter de masquer par tous les moyens, y compris fallacieux, son incapacité à résoudre les problèmes, et payer avec des fonds qui ne lui appartiennent pas un semblant de stabilité.

Il échouera sur les deux tableaux. Mais en attendant, il "arrose" avec nos impôts. Et que la fête continue...


Ce billet était publié sur mon ancien site. Commentaires
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