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mercredi 1 avril 2009

Un Etat de non-droit

J'ai beaucoup hésité avant de prendre la plume pour traiter encore du sujet. J'ai déjà "pondu" deux billets sur le thème des "patrons", et je me disais que ce serait peut-être un peu "lourd" d'insister là-dessus...

Mais en voilà décidément assez ! Non contents de "se payer" des boucs émissaires faciles en la personne des grands dirigeants à qui on reproche de tout simplement tenter de percevoir ce que leur contrat de travail prévoit en termes de rémunérations, même s'il s'agit dans certains cas de sommes très importantes, voilà que, par trois fois en quelques jours, certains "salariés en colère", utilement soutenus par leurs syndicats, s'en prennent, physiquement cette fois, aux dirigeants de leur site industriel. Car il ne s'agit même plus maintenant des "grands patrons" de la Générale ou de Valéo, ou des traders de grandes banques, que l'on fustigeait et que l'on invectivait. Il s'agit ces jours-ci de patrons de sites locaux, c'est à dire des sous-fifres des véritables décideurs, que l'on séquestre sans vergogne...

Après Sony et 3M, c'est au tour de Caterpillar. Dans les trois cas, "l'action syndicale" (!...) consiste à prendre en ôtage le "patron" pour tenter de le forcer à satisfaire certaines revendications. Et c'est à dessein que j'utilise ce terme de "prise d'ôtage", que l'on va évidemment me reprocher du côté des irresponsables pour qui enfermer quelqu'un de force est quelque chose de tout à fait anodin, au prétexte qu'il n'y a pas de menaces explicites sur l'intégrité physique de la victime. Mais même si la menace n'est pas exprimée, elle est bel et bien ressentie, tant par l'intéressé que par son entourage, et quant à moi je ne fais aucune différence.

Il faudrait bien un jour que l'on se décide à apliquer la loi, dans ce pays que l'on dit "de droit" et dans lequel, pourtant, l'impunité est devenue la règle dès que le criminel fait partie d'un groupe d'individus que la bien-pensance molle et coupable protège. Qu'un petit commerçant victime d'un mauvais payeur, ou qu'un petit propriétaire à qui des loyers sont dus, tentent de contraindre par la force leur débiteur à s'exécuter, et gageons que, plainte déposée, ils finiront l'un et l'autre devant le tribunal et perdront leur procès. Et pourtant ceux-là avaient bien subi un dommage... Mais personne n'est autorisé à se faire justice à soi-même, et c'est fort heureux.

Personne ? Voire... C'est exactement ce que font les salariés séquestrateurs dont nous parlons, alors même que leur préjudice n'est ni certain ni liquide, pour employer les termes du Code Civil. Et pourtant non seulement la presse unanime relate les faits dans des termes qui, dans le meilleur des cas, laissent planer le doute sur l'opinion que se fait le journaliste du bienfondé de la prise d'ôtage, mais encore les autorités ne lèvent pas le petit doigt...

Paul, de Freelance, a bien posé le problème juridique dans un très bon article.

Sur le fond, et pour en revenir aux fondamentaux, je peux parfaitement comprendre le désarroi, et même la désespérance, de salariés à qui, dans le contexte actuel surtout, on apprend que leur site va fermer, ou qu'à tout le moins ils vont perdre leur emploi. Je peux parfaitement comprendre même leur colère, quand (c'est le cas chez Caterpillar parait-il) leur direction ne leur donne pas d'explications, et qu'ils ne connaissent pas la raison profonde de la décision. Je peux parfaitement comprendre qu'ils désirent, et même qu'ils exigent, qu'on leur donne ces explication. Je peux même comprendre qu'ils éprouvent le besoin de discuter, voire de contester cette décision. Je peux parfaitement comprendre l'exigence de négociations. Et si, comme on nous le dit, cette négociation et cet échange n'ont pas eu lieu, si la direction s'y refuse et si le dialogue n'existe pas, chacun peut admettre que les syndicats incitent leurs adhérents à l'exiger. L'entreprise n'est pas un goulag et le travailleur n'est pas un esclave que l'on utilise puis que l'on jette sans égard quand on n'en a plus besoin.

Mais l'enterprise n'est pas non plus une oeuvre sociale, et n'a pas pour seule vocation de fournir des salaires. Et si l'activité disparait, si un site devient non-rentable et donc inutile, il est tout à fait normal de le fermer. Il n'est aucun entrepreneur, aucun patron d'industrie, ni même aucun investisseur, qui le fasse de gaîté de coeur, ne serait-ce que parce qu'un site fermé est non seulement un site qui ne rapporte plus rien, mais un site qui coûte. D'abord en tant qu'usine au chômage, et ensuite quand l'entreprise s'en sépare à vil prix, ce qui est la majorité des cas. Contrairement à ce que l'on entend à longueur de temps, ce n'est donc jamais avec satisfaction qu'une entreprise licencie, fût-ce pour délocaliser. C'est contrainte et forcée qu'elle le fait. Je ne connais aucun entrepreneur intelligent qui préfère licencier qu'embaucher. Mais c'est le volume d'activité qui commande, pas le sort des hommes ni les bénéfices déjà engrangés. Une entreprise est en permanence tournée vers l'avenir. C'est la condition de sa survie. Et le sureffectif est un cancer, surtout dans un pays où 54% de la richesse produite est redistribuée...

Si j'ai un peu digressé de la sorte, c'est pour bien expliquer que le patron n'est pas cet ogre seulement assoiffé de bénéfices que l'on nous présente à longueur de temps, et que si perdre son emploi peut être désespérant, la décision s'impose, même si les intéressés peuvent avoir le sentiment inverse.

Discuter pour connaître les causes des licenciements est une chose, négocier pour obtenir de bonnes conditions de départ, si l'enteprise peut se le permettre, peut bien entendu se comprendre. Mais user de la force en toute illégalité est inadmissible. Tout comme il est inadmissible que le droit ne soit pas respecté, et que la justice ne remplisse pas son office.

Une séquestration n'est pas une action syndicale, c'est une action illicite et répréhensible, et qui à ce double titre doit être sanctionnée.

De quel droit devrait-on laisser faire ? Où est le respect de la personne ? Où est le respect de la propriété privée ? Dans quel état de droit vivons-nous ? Ou plutôt dans quel état de non-droit ?



Voter !

C e q u e j e c r o i s e s t m e m b r e d u r é s e a u ☺ L H C

vendredi 20 mars 2009

Courage, maintenant !

Ainsi, les manifestations d'hier seraient un succès...

Un succès pour qui ? C'est selon.

Tout d'abord un succès pour les syndicats et les organisations politiques qui avaient appelé à cette "grève" (j'ai déjà dit ce que j'en pensais, je n'insiste pas). C'est une évidence.

Ensuite, est-ce un succès pour les manifestants et ceux qui les soutiennent ? C'est moins sûr, et ça dépend essentiellement de l'attitude du gouvernement dans les prochains jours. Il semblerait, si l'on s'en tient à l'intervention de François Fillion hier soir
sur TF1, que le discours soit celui de la fermeté et du maintien du bon cap. Nous verrons...

Enfin, est-ce un succès pour le pays ? Là encore, l'attitude de Nicolas Sarkozy et du gouvernement en décideront.

Car non seulement il importe que le cap des réformes soit maintenu, il importe qu'aucun plan de relance supplémentaire, c'est à dire aucun aggravement du déficit budgétaire déjà si abyssal, c'est à dire aucune augmentation des prélèvements obligatoires déjà ignoblement lourds, ne soient décidés sous la pression de la rue. Mais encore faut-il tirer les conséquence de l'inconséquence : celle des "meneurs" comme celle des "menés".

Comme l'ont parfaitement exprimé
Lolik et Lomig dans deux très bons articles avant même les manifestations de rue, la meilleure réponse à cette "mobilisation syndicale" qui n'était en fait qu'une fronde à motivation essentiellement politique, consiste à continuer courageusement les réformes entreprises, et même à les amplifier non moins courageusement.

La meilleur réponse est contenue dans l'adage populaire selon lequel il importe de "bien faire et laisser dire".

On pourrait à la limite, sinon comprendre du moins expliquer, une "politique de la marche arrière" dont le but serait de ménager la paix sociale. Mais dès lors que cette même paix sociale est mise à mal par des manifestations aussi importantes que déraisonnables, on ne voit plus très bien au nom de quelle prudence coupable nos gouvernants se dispenseraient désormais de mener à bien les réformes profondes dont le pays a tant besoin. Même s'il faut engager un vrai bras de fer, et si nécessaire au mépris de leur avenir politique.

Il s'agit donc pour eux d'avoir en 2009, enfin, le courage politique de leurs ambitions électorales de 2007. Je ne suis malheureusement pas certain de pouvoir compter sur ce courage-là de leur part...

jeudi 19 mars 2009

Liberté chérie

Dans le sillage de mon billet d'hier, je voudrais reproduire ici les passages les plus pertinents de l'appel lancé par le collectif liberté chérie et qui va totalement dans le sens de "ce que je crois".

"Ce jeudi 19 mars 2009, les professionnels subventionnés de la grève et des blocages sauvages remettent ça. Comme lors de la journée du 29 janvier 2009, nous devons donc rappeler ce qui devrait être les priorités d'un gouvernement digne de ce nom dans un moment pareil :

  • La fin des subventions publiques aux syndicats
  • La réforme de la représentativité syndicale
  • La mise en concurrence des entreprises publiques en monopole

[...]

A l'heure où tant d'organisations qui vivent d'argent public profitent d'une crise que presque personne n'a su expliquer correctement (cf. interview de Vincent Bénard par LC Belgique) pour récupérer les inquiétudes souvent légitimes des Français...

A l'heure où nos gouvernants irresponsables préfèrent jouer le pourrissement ou céder au chantage des délinquants comme en Guadeloupe ou dans les universités, puisqu'après tout l'argent distribué ne sort pas de leurs proches...

A l'heure où des députés de la majorité se permettent de stigmatiser les entreprises bien gérées (qui font des profits) ou les individus qui ont réussi dans la vie, au lieu de s'en prendre à l'organisation la plus mal gérée de France : l'Etat...

C'est la société civile qui a tout à perdre si elle ne fait pas entendre sa voix !"

Je ne suis pas un militant de Liberté Chérie, et mon propos n'est pas de faire leur promotion. Mais il m'est apparu intéressant de mettre l'accent sur un manifeste qui fait entendre une voix dissonante dans le concert actuel où, parait-il, près de 75 % des Français approuveraient les manifestations de rues et les grèves...

mercredi 18 mars 2009

Aux armes, citoyens !

Et c'est reparti ! On devrait en avoir l'habitude, et je ne devrais même pas écrire sur le sujet, devenu d'une banalité à pleurer : demain 19 mars 2009 sera un nouveau jour de mobilisation syndicale. Entendez par là une nouvelle journée de galère pour les travailleurs (ceux qui bossent, pas les autres évidemment), de blocage pour l'économie française, de manque à gagner pour les entreprises, et par conséquent pour le trésor public, c'est à dire pour les citoyens, c'est à dire y compris pour les grévistes eux-mêmes. Mais sont-ils tous à même de réfléchir jusque là ?

En temps de crise (et celle-là, c'en est une !), on pourrait s'attendre à ce que tout le monde relève ses manches. Quand un orage se lève, le réflexe est de mettre à l'abri les objets sensibles à l'eau, pas d'arroser copieusement pour en rajouter...

Et bien, il faut croire que nous n'avons pas fait la bonne école, tous ceux qui comme moi pensent dans ces termes-là ! Soutenus par 74 % des Français selon un
sondage dont on nous rebat les oreilles, tout ce qui compte de forces soi-disant "progressistes" dans ce pays se mobilise pour ... cesser le travail et bloquer l'activité !

On va sans doute encore me reprocher de "taper sur les syndicats", dont je serais paraît-il un adversaire inconditionnel. Il n'en est rien, et ceux qui me connaissent savent que je les considère comme des institutions indispensables au bon fonctionnement de la démocratie. Encore faudrait-il qu'ils soient responsables et qu'ils restent dans leur rôle, deux conditions qui ne sont pas réunies en France, où ils ne savent que défendre leurs intérêts corporatistes respectifs au mépris des intérêts de ceux qu'ils sont sensés représenter. Les organisations en question n'ont de syndicats que le nom. La raison première en est sans doute leur trop faible représentativité, mais ce problème n'est pas celui que je me propose de traiter aujourd'hui.

Et d'ailleurs le sujet de ce billet déborde de beaucoup le cadre de l'action syndicale.

Car cette grève n'en est pas une au sens strict. Il ne s'agit pas, en effet, de faire pression sur un ou des employeur(s) pour obtenir des avantages ou pour les conserver. Il s'agit tout bonnement de faire pression sur le patronat, les pouvoirs publics, et en résumé sur tous les centres de pouvoir, pour en obtenir ce que l'activité économique n'offre plus suffisamment dans cette période de crise.

En d'autre termes, il s'agit tout bonnement d'une
grève contre la crise. Voilà un concept tout à fait novateur ! A quand une grève contre les mauvaises conditions météorologiques, l'épidémide de sida ou encore la pollution ?...

La réalité est bien plus prosaïque et beaucoup plus inadmissible encore : les syndicats sont totalement sortis de leur rôle, et il s'agit là d'une grève politique qui ne veut pas dire son nom.

La grève du 29 janvier dernier, sur le même thème, avait amené le "sommet social" du 18 février au cours duquel le gouvernement avait accepté 2,6 milliards d'euros de
mesures de relance par la consommation. Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que je pense de telles mesures : totalement inefficaces sur le long ou même le moyen terme, et uniquement un cautère sur une jambe de bois à court terme, qui donne l'illusion, mais l'illusion seulement, d'un coup de pouce. Mais c'est ce que demandaient les "partenaires sociaux". C'est ce qu'ils ont obtenu. Et c'est ce qu'ils considèrent évidemment insuffisant...

Ils avaient prévu le "mouvement" du 19 mars dès avant ce sommet. Ils l'ont confirmé quasi immédiatement. Pas étonnant que Laurence Parisot dénonce "leur démagogie", même si je ne tiens pas à prendre exagérément position pour le Medef, qui n'est pas exempt lui non plus de critiques...

Il reste que, comme je l'ai dit plus haut, ce mouvement de grèves est politique avant d'être revendicatif. Il n'est qu'à voir les positions prises par les partis d'opposition, du PS au NPA et passant par le PC ou même le Modem. Le mot d'ordre est simple et récurant : le "tout sauf Sarko" de la campagne présidentielle n'est pas mort avec l'élection, et tous tentent de récupérer l'action pseudo-syndicale à leur profit. A commencer par Besancenot, qui s'est pourtant fait remonter les bretelles de son bleu de chauffe par François Chérèque.

Il est vrai que le danger venant de lui est des plus importants : la face cachée du mouvement est bel et bien la lutte contre un système, le capitalisme libéral, dont le parti du petit facteur poupin de Neuilly se fait le pourfendeur. Et il est bien normal que les forts en math de la planète rouge (ou rose) refusent une telle mise en facteur commun...

Plus sérieusement, on peut à bon droit se demander si tout ce beau monde est de bonne foi ou s'il ne fait que "surfer" sur la vague de mécontentement que provoque la crise économique. Car les difficultés sont évidentes, et il ne s'agit nullement de les nier. Il existe des situations catastrophiques pour nombre de nos concitoyens. Ca en signifie pas que des solutions existent pour tout le monde. Ca ne signifie pas non plus qu'il faille ne rien faire pour personne. Le gouvernement en a pris la mesure, ce me semble, et aussi inefficaces à moyen terme qu'elles puissent être, les mesures annoncées le 18 février vont dans le bon sens à très court terme. Et celles qui avaient été décidées avant, en soutien à l'investissement, auront sans doute encore bien plus d'effets. Elles auraient dû être de nature à permettre de calmer les esprits. Les responsables politiques comme syndicaux ont fait tout l'inverse. C'est le signe de leur incompétence et de leur inconséquence. Malheureusement, ils ne seront pas les seuls à en subir les dommages...

Car ce mouvement de mauvaise humeur ne résoudra évidemment rien, bien au contraire. Il n'assagira pas, par exemple, les manifestants radicaux de l'enseignement supérieur, ni ne feront cesser leurs exactions. Il ne résoudra pas non plus les problèmes rencontrés par l'usager des services publics, pourtant soi-disant "défendus" par les coureurs de rues de tout poil. Il ne pourra évidemment que favoriser les revendications inconsidérées et démagogiques de tous ordres, trop souvent relayées par les ministres eux-mêmes, que leur "patron" doit recadrer régulièrement.

Et en tout état de cause, il ne pourra que porter un nouveau mauvais coup à l'activité de nos entreprises, dont les dirigeants syndicalistes devraient pourtant être les premiers à savoir qu'elles sont les seuls garantes de la sortie de crise, et dès lors d'un bon niveau d'emploi et de pouvoir d'achat retrouvé pour leurs adhérents. Ce n'est certes pas en pénalisant leur activité qu'ils rendront service à leurs ouailles. Mais je suis convaincu qu'ils le savent très bien, et qu'ils disent le contraire dans le seul but de justifier leur propre existance, incapables qu'ils sont de le faire autrement...

Heureusement, malgré tous les reproches que j'adresse régulièrement à nos dirigeants, ils semblent sur ce coup-là vouloir garder le bon cap, et on peut espérer, raisonnablement toutefois (ils nous ont déjà souvent surpris dans le mauvais sens), qu'ils sauront s'y maintenir.

Certains maladroits appellent aux armes les citoyens. Leur jour de gloire n'est pas encore arrivé...

samedi 7 mars 2009

Tous fonctionnaires

La presse et les médias nous ont abreuvé pendant plus d'un mois de commentaires et de reportages, autant dithyrambiques que partiaux pour la plupart, au sujet des évènements que vient de vivre la Guadeloupe, mais à mon avis sans jamais aborder le problème le plus crucial que pose, non pas le mouvement en lui-même, mais la solution qui a été mise en oeuvre.
Et comme la Martinique a emboîté le pas de sa soeur caraïbe, que la Réunion vient d'enclencher son propre mimétisme, et que vraissemblablement les mêmes causes produiront les mêmes effets, c'est à dire que les "solutions de sortie de crise" seront sans doute, dans les deux cas, de la même eau qu'à Basse Terre, le phénomène ne fera qu'empirer.
On a entendu de nombreuses prises de positions, de nombreuses pseudo-explications, dont certaines contradictoires, en fonction notamment du positionnement politique de ceux ou de celles qui réagissaient dans les médias, journalistes ou hommes et femmes politiques.
Pour ma part, n'étant pas un spécialiste de l'économie des DOM-TOM, je me garderai bien de me prononcer sur les motifs profonds qui ont engendré le mouvement de grève et les manifestations de grogne qui ont enflammé ce département français pendant un mois et demi. Je ne me prononcerai évidemment pas plus sur leur bienfondé, et je me contenterai de dire ce qu'ils m'ont inspiré au long cours, au travers de ce que les journaux et la télévision nous ont distillé, c'est à dire au travers du prisme déformant de ces "faiseurs d'actualité" pas plus objectifs dans cette affaire qu'ils ne le sont habituellement, et donc avec toutes les réserves qu'il convient d'y mettre.
Tout d'abord, il m'est apparu évident, dans les reportages que j'ai pu voir, qu'il existe là-bas un problème social qui s'appuie sur deux pôles : un chômage éminemment plus important et un coût de la vie beaucoup plus élevé (de l'ordre de 40 % si j'ai bien compris) qu'en Métropole. Raison d'un "sur-salaire" de 40 % au bénéfice des fonctionnaires métropolitains en poste en Outre-Mer, "prime" qui pourrait bien, du reste, être contre-performante en ce qu'elle serait de nature à maintenir des prix élevés...
Ces deux facteurs seraient, nous dit-on, la base du problème. Je n'en suis pas si sûr : à entendre les vociférations de nombre de manifestants interrogés, il m'est apparu plus évident encore que cet état de fait n'avait servi que de détonateur, et que l'explosion était due essentiellement à la rancoeur des populations autochtones (si l'on peut dire, car issues de l'esclavage) à l'encontre des "Békés", c'est à dire de la classe dominante (économiquement et politiquement si j'ai bien compris) composée essentiellement des descendants des colons.
Cette impression, ressentie à l'écoute de beaucoup de commentaires de la population noire interrogée lors des reportages, vient d'ailleurs recouper ce qui m'a été relaté par plusieurs personnes de mon entourage qui avaient fait là-bas des voyages de villégiature, et qui m'avaient toutes rapporté que les populations noires donnaient le sentiment de n'avoir pas "tourné la page" de l'esclavage, et que leur rancoeur à l'égard de "l'homme blanc", et donc du "Béké" comme du Métropolitain, était demeurée entière. Encore une fois, je ne fais que rapporter des propos entendus, et dire ce que j'ai ressenti devant mon poste de TV. Ce n'est en aucune façon un jugement de valeur.
La question subsidiaire que je me suis posée, et que je me pose toujours à l'heure qu'il est, est de savoir s'il est pertinent de traiter ces territoires français situés à l'autre bout du monde de la même manière que s'ils étaient à quelques encâblures de la capitale. La départementalisation, telle qu'elle a été menée, n'était-elle pas, par nature, le germe des difficultés que connaissent ces îles aujourd'hui ? Ne serait-il pas plus pertinent de prendre pleinement en compte leurs spécificités, et celles de l'économie locale ? Est-il pertinent de ravitailler ces départements-là depuis la Métropole, c'est à dire à 8000 Km de distance, au lieu de le faire depuis le continent américain, situé beaucoup plus près ? Et pourquoi ne pas développer localement la production des biens de consommation chaque fois que c'est possible ? Je pense par exemple aux cultures vivrières. J'insiste sur le fait que ce ne sont là que des questions. Je n'ai pas les réponses. Mais ces questions-là sont en elles-mêmes importantes.
Beaucoup de mes lecteurs vont se demander, à ce stade, pourquoi j'ai "pris la plume" sur un sujet qui ne m'inspire que des questions, quasiment aucune réponse, et même aucune prise de position. J'y arrive.
Ce qui me choque le plus dans cette affaire, ce ne sont pas les troubles, le mouvement de grève, les manifestations (même si des exactions autant impordonnables qu'inutiles ont été commises "des deux côtés"), la manière dont les négociations ont été (mal)menées par le gouvernement comme par le patronat, ni même le ton carrément subversif et guerrier des slogans utilisés par le LKP. Tout ceci est plus que regrettable, et à certains égard condamnable, mais malheureusement habituel, même en Métropole, quand (c'est devenu la règle) un mouvement de revendication syndical ou social se transforme en combat politique.
Non, ce qui me heurte et qui est d'une gravité dont personne ne semble être encore conscient, c'est la nature de la solution qui a été trouvée. Car, mine de rien, il s'agit tout simplement d'un changement de régime. Pour la première fois dans l'histoire de la République Française, l'état se substitue aux entreprises dans le paiement d'une partie du salaire.
Ce n'est pas anodin, et c'est même un cataclysme politique. Quand j'ai entendu la revendication, je me suis dit, naïvement confiant, que nos dirigeants n'allaient certainement pas être suffisamment fous pour aller dans cette direction, et qu'ils allaient refuser tout net. Au lieu de ça, Yves Jego accepte, puis rappelé et désavoué par François Fillion, fait marche arrière, avant que, quelques nuits d'émeutes plus tard, le même François Fillion ne "mange son chapeau" et n'accepte, partiellement certes, mais accepte quand même les "exigences" des insurgés.
La valse-hésitation, en elle-même, n'a plus rien de choquant. On a maintenant l'habitude de voir nos fanfarons de Matignon ou de l'Elysée dire tout et faire le contraire de tout. Mais ce qui l'est, choquant, c'est la nature de l'accord conclu.
Car, de quoi s'agit-il exactement ? Les Guadeloupéens demandaient, depuis l'origine des troubles, un rattrapage de 200 € des "bas salaires" (1,6 fois le Smic quand même !), au motif de la chèreté de la vie locale. Jusque là, rien de choquant avant analyse : il s'agissait d'une revendication comme on en a entendu des centaines, justifiées ou non, peu importe sur le fond.
Mais le Medef local se refusant catégoriquement à cette augmentation des salaires, les émeutiers se sont mis à "exiger" que l'Etat Français paie ce que les entreprises ne voulaient pas payer. C'est cette "exigence" que Jego a eu l'imprudence d'accepter à demi-mot, avec le désaveu de Fillion suivi de, finalement, l'acception de ce dernier. Les 200 € en question seront versés, à raison de 100 € par l'état, à raison de 50 € par les collectivités locales (ce qui fait donc 150 € par mois sur des fonds publics), et seulement à raison des 50 € restants par les entreprises. Encore que toutes n'ont pas accepté cet accord. On peut donc craindre que les choses n'empirent encore...
On ne peut pas imaginer un instant que Matignon ait donné son feu vert sans l'accord de l'Elysée, et c'est donc in fine Nicolas Sarkozy, ce Président qu'on nous présente comme un libéral forcené, qui a fait basculer la République dans un gouffre collectiviste que je prévois sans fond.
Car n'en doutons pas, la Martinique et la Réunion suivront la Guadeloupe et exigeront le même traitement. Et, demain, pourquoi pas la Bretagne ou le Pas de Calais, où le taux de chômage et supérieur à la moyenne nationale, et pourquoi pas l'Ile de France où les prix sont plus élevés qu'ailleurs ? Et pourquoi se limiter à 200 € ? Et pourquoi se limiter à 1,4 fois le Smic (c'est finalement sur cette base que l'accord est intervenu en Guadeloupe) ? Il est bien évident que cette somme apparaîtra rapidement comme insuffisante, voire ridicule, aux yeux de tous ceux qui ont des fins de mois difficiles, y compris quand c'est à cause de leur propre mode vie ? Où s'arrêter, quand la machine est en route et quand le sentiment est cultivé qu'il suffit de descendre dans la rue pour obtenir quelque chose ?...
Après le déficit incontrôlé de la Sécurité Sociale; après le déficit pas plus contrôlé du budget de l'état; après le droit opposable au logement; après les subventions pharaoniques accordées aux secteurs en difficulté; après autant de postures propres à conforter le sentiment que l'état peut tout financer, et que les finances publiques sont inépuisables; une fois installées les habitudes du recours systématique à ces finances publiques pour boucher les "trous" de mauvaise gestion, que ce soit dans les entreprises, dans les administrations, ou pire encore chez les particuliers (voir pour s'en convaincre les statistiques du RMI et de l'assurance chômage. Voir surtout leurs durées moyennes d'indemnisation); après toute cette gabegie institutionnalisée, gageons que nous baignerons rapidement dans un système où l'état ne cessera de subvenir aux besoins les plus divers et variés, en donnant d'une main ce que, bien entendu, il sera bien obligé de reprendre de l'autre. Et où l'état sera donc, de facto, celui qui décidera à qui donner, et combien donner.
Ce système porte un nom : cela s'appelle le collectivisme. De l'Union Soviétique à ses pays "satellites", de Cuba à la Corée du Nord, et à la Chine avant qu'elle ne prenne un virage salutaire qu'elle n'a pas encore terminé de négocier, on sait tous pourtant que ce système ne conduit qu'à la misère, et accessoirement à la dictature.
Bien sûr on n'en est pas encore là. Bien sûr je vais me faire traiter de tous les noms en évoquant ce spectre. Bien sûr ce n'est pas dans les intentions de nos dirigeants. Bien sûr on n'a fait que mettre une première phalange dans l'engrenage...
Mais cette phalange-là y est bel et bien, et le risque est énorme sur le plan politique. Il ne l'est pas moins sur le plan des mentalités. Car elles sont hautement maléables, surtout dans le sens du moindre effort. Et l'expérience a prouvé à maintes reprises qu'il était difficile, voire souvent impossible, de revenir en arrière. Le candidat Sarkozy avait dénoncé la "culture du RMI" et avait prôné la "valeur travail". Le président qu'il est devenu institutionalise aujourd'hui la culture de l'assistanat et dénie les valeurs telles que l'indépendance et la liberté inhérentes à la propriété privée, notamment celle des entreprises. Quelle sera la marge de manoeuvre d'une entreprise privée dans laquelle l'état prendra en charge une part non négligeable de la masse salariale ? Quelle sera sa liberté de gestion ? Quelle pourra être sa politique en matière d'emploi ?
Nous sommes tous, depuis longtemps, des employeurs indirects compte tenu de la masse salariale de la fonction publique, que nous finançons par nos impôts.
Demain, nous serons tous à moitié fonctionnaires. Et combien de temps encore pourra-t-on dire "à moitié" ?


Ce billet était publié sur mon ancien site. Commentaires ici