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vendredi 21 décembre 2007

Schengen / sida / bonheur / fierté / etc...

- Si j'étais Polonais,
ou Slovène, ou Hongrois, ou Roumain... enfin si j'habitais un des pays les plus à l'est de l'Union Européenne, je serais très fier et très heureux, depuis ce matin à zéro heure exactement, de faire enfin partie de l'espace dit "de Schengen". Pourquoi ?
Heureux d'abord parce que je n'aurais plus besoin que d'une carte d'identité pour voyager partout dans l'Union.
Heureux aussi parce que je serais enfin sorti de 60 ans de relégation à la marge de l'histoire : depuis 1945, depuis la "satellisation" de ces pays autour de l'URSS, depuis que je n'étais plus un citoyen à part entière, depuis que je devais "montrer patte blanche" pour passer "de l'autre côté", du côté du monde libre...
Fier ensuite parce que l'Union me prouverait ainsi qu'elle me fait confiance pour surveiller ses frontières extérieures.
Mais devrais-je être heureux également de devoir supporter presque tout seul le coût de cette surveillance, et d'être montré du doigt dans quelques mois si l'immigration clandestine explose en Europe, ou si les trafics en tous genres, de la drogue aux prostituées en passant par les contrefaçons, s'y multiplient ?
Ca, l'avenir nous le dira. Je ne sais pas répondre aujourd'hui. Ce que je sais, c'est que le budget actuel de l'Union ne permet pas de financer sa sécurité extérieure... Et peu importe l'identité des pays qui constituent ses frontières...

- Si j'étais Suisse

Je serais fier également, même si je devais partager cette fierté avec les Américains, d'apprendre ce matin que des chercheurs de mon pays venaient de mettre au point un vaccin préventif (c'est une grande première) contre le sida, vaccin qui était en cours d'essais thérapeutiques et qui donnait déjà des résultats très prometteurs...
Il y a vraiment de quoi être fier ! Et je ne suis pas ironique en le disant. Il y a de quoi être fier pour un pays comme la Suisse, à peine plus grand qu'un département français, de s'être doté d'une recherche médicale aussi performante.

- Si j'étais Français

Et bien, je serais moins heureux et moins fier !
Parce que la France est elle aussi une frontière extérieure de l'Union, et que l'immigration clandestine y progresse inexorablement d'année en année, sans que nous soyons capables de l'endiguer
Parce que ces immigrés clandestins se servent de la France comme d'un tremplin, pour "envahir" l'Angleterre par exemple. C'est d'ailleurs la principale raison, même si elle n'est pas officielle, qui fait que le Royaume Uni n'a pas signé les accords de Schengen.
Parce que malgré ce que nous coûte cette surveillance de nos frontières maritimes, notre contribution au budget de l'Europe est l'une des plus importantes des 27 états membres
Parce que nous apportons ainsi la preuve que nous ne sommes pas capables de gérer nos dépenses publiques. Notre déficit budgétaire abyssal le prouve d'ailleurs suffisamment...
Parce que les réussites de la recherche thérapeutique, en Suisse, en Amérique, et ailleurs, ne sont pas le fruit du hasard.
La petite Suisse est un pays riche, pour diverses raisons sur lesquelles il n'est pas besoin que je m'étende ici. La grande Amérique est un pays dans lequel l'industrie pharmaceutique n'a pas honte de gagner de l'argent, et sait investir. C'est vrai dans ce domaine comme dans bien d'autres où nous sommes irrémédiablement distancés. Nos investissements dans la recherche, que l'on parle de la seule France ou de toute l'Union, sont proprement ridicules. En particulier, si le recours quasi systématique aux médicaments génériques est une bonne chose du point de vue des dépenses sociales, il devrait être compensé auprès des laboratoires pharmaceutiques, sur lesquels repose de manière quasi unique le poids de la recherche thérapeutique, par des investissements publics qui trouveraient là de bien meilleures justifications que quand il s'agit de développer, par exemple, des armements et des avions de guerre sophistiqués que nous n'arrivons même pas à vendre...
Parce que l'on me répondra que les finances publiques sont malgré cela déficitaires, que l'économie tourne au ralenti, que la croissance est molle, etc... et que par conséquent on n'a pas de moyens à consacrer à une aide accrue en la matière. Ce que l'on ne me répondra pas, mais qui est néanmoins la vérité, c'est qu'en France et en Europe, il est très mal vu d'apporter des fonds publics au secteur privé. Je suis assez d'accord avec le principe : un laboratoire pharmaceutique est une entreprise comme les autres qui devrait être capable de générer elle-même, par ses profits, les fonds nécessaires à son activité. Mais dans ce cas, il faut également être capable d'admettre que les prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales en tous genres) ne doivent pas, par leur poids insupportable, étouffer comme c'est le cas aujourd'hui les entreprises comme les particuliers. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre ! Je veux dire par là "pomper" sans vergogne plus de la moitié de la production de richesses du pays, et refuser parallèlement de financer les activités qui concernent directement ce que cette ponction abusive est justement sensée financer. Le système de santé français est, paraît-il, le meilleur du monde. Et pourtant il n'y a pas en France moins de cancers, ni même moins de morts par cancers, que dans les autres pays. Et pourtant les hôpitaux sont dans un état lamentable. Et pourtant nous n'avons pas assez d'infirmières. Et pourtant notre recherche thérapeutique est moribonde. Et pourtant ce système de santé-là est aussi le plus cher du monde...

Cherchez l'erreur...


Ce billet était publié sur mon ancien site. Commentaires ici

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